Radio Primitive

L'Égrégore durée : 1:00:19

Émission du 03/05/2021

En première partie, rappel : de Sedan à la proclamation de La Commune à travers des extraits de textes de Louise Michel et Prosper-Olivier Lissagaray, lus par Ariane Ascaride

Combien de communards prirent le chemin de l’exil ? L’historienne Laure Godineau avance le chiffre de 6 000, auquel il faut ajouter 5 000 condamnés à la déportation et à la transportation (dont 3 000 envoyés en Nouvelle-Calédonie). Fait peu connu : les exilés changèrent plusieurs fois de pays d’accueil.

Beaucoup de ceux qui échappèrent aux arrestations y trouvèrent refuge, ainsi qu’en Grande-Bretagne, en Belgique ou, plus loin, en Russie et aux États-Unis. Plusieurs facteurs guidèrent leur choix : la proximité géographique ou linguistique, la politique d’accueil…

La Suisse et l’Angleterre refusent d’extrader les proscrits. La conférencière souligne que «la moitié des réfugiés de Londres sont des acteurs de premier plan de la Commune : 33 sur 50 sont membres du conseil de la Commune». Elle rappelle aussi que les quartiers de Londres fréquentés par les communards, comme Oxford Street ou Soho, sont les mêmes que ceux investis par les proscrits de 1848 et 1851. Ce n’est qu’à partir de 1873-1874 que la Belgique accorde officiellement l’asile politique aux communards. Certains d’entre eux quittent alors Londres pour Bruxelles.

Une fois l’amnistie totale votée en 1880, les communards exilés furent peu nombreux à rester dans les pays d’accueil. C’est le cas du dessinateur Pilotell, qui mourut à Londres en 1918. «La plupart des proscrits décident de rentrer immédiatement», constate l’historienne. Beaucoup d’artisans d’art eurent du mal à retrouver leur place, en raison des changements des processus de fabrication et de la division croissante du travail. «Mais l’exil ou la déportation ne se sont pas forcément traduits par la pauvreté, l’épuisement physique et moral, ou l’inactivité dans les années postérieures», observe la conférencière. Vallès, Vaillant et Dalou offrent des exemples de réintégration réussie. Jules Vallès, réintégré dans la Société des gens de lettres, reprend sa vie de journaliste et d’écrivain et relance Le Cri du peuple en 1883, deux ans avant sa mort.

Laure Godineau, historienne & maître de conférences à l’Université Paris XIII

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